Cuisiner avec les enfants - Développer des saines habitudes

Cuisiner avec les enfants

Se servir de l’approche éducative Montessori pour cuisiner avec ses enfants est certainement un gage de succès à inculquer de belles valeurs, de saines habitudes de vie et développer l’autonomie en jeune âge.

Un bon nombre de parents avoueront que faire manger les enfants n’est pas toujours une partie de plaisir. Parfois, on dirait qu’une tornade s’est emparée de la salle à manger après un simple goûté!

Savoir manger convenablement passe à notre avis par la préparation de son plat. Comme dit le vieil adage : On n’est jamais mieux servi que par soi-même! Mais cuisiner avec les enfants n’est pas simple et c’est une activité qui requière une bonne organisation.

En impliquant les enfants, nous avons l’opportunité d’inculquer des bonnes valeurs, de saines habitudes de vie et de favoriser l’autonomie en très jeune âge. Le succès repose sur une implication des enfants, de la création d’un menu, jusqu’à la dégustation du plat qu’ils ont aidé à préparer.

Pourquoi cuisiner avec des enfants

Tous ceux qui ont plus de 30 ans peuvent probablement témoigner de ceci : la cuisine a beaucoup changé au cours des 25 dernières années. J’ai 35 ans et je me rappelle de l’arrivée du premier micro-ondes dans notre maison. Je me rappelle des consignes strictes de mes parents par rapport aux pièces métalliques et de la première fois que j’ai oublié ma cuillère en métal dans mon lait au chocolat!

La cuisine occupe un certain espace dans les ouvrages Montessori que nous avons lu, mais selon nous, largement insuffisant. La cuisine est en général utilisée pour décrire des mouvements de motricité fine tel que couper une banane avec un couteau, casser un œuf sans laisser de coquilles, faire bouillir de l’eau afin de comprendre la sensation de chaleur brulante… mais selon nous, c’est bien plus que ça.

Il a un fait incontournable à constater par rapport à la cuisine et Montessori. Maria Montessori n’a pas abordé la cuisine de la même manière que nous la voyons aujourd’hui. Il y a 100 ans, tout le monde se devait d’apprendre les rudiments de la cuisine, car à cette époque, les congélateurs, les réfrigérateurs et les micro-ondes n’existaient pas. Faire le marché régulièrement pour avoir des aliments frais était normal, alors qu’aujourd’hui c’est hors du commun. Je me demande quelle place Maria Montessori aurait donné à la cuisine aujourd’hui, alors qu’il est possible de vivre complètement de plat préparés, congelés ou confectionnés en épicerie, prêt à être réchauffés. Que dire des goûtés tous emballés individuellement et des conséquences de la mal-bouffe…  En fait, il est possible de vivre une vie complète sans avoir quelconque idée de la provenance de la nourriture et de la façon de la préparer.

Chez nous, la cuisine prend une place très importante. Grâce à notre approche, du haut de ses 3 ans, notre fille est en mesure de compléter une recette entièrement seule, ayant mémorisé les ingrédients, leur quantité, l’ordre et leur emplacement dans le garde-manger! C’est donc dire qu’il est probable que nos enfants ne se souviennent pas de la première fois qu’ils ont cuisiné. C’est précisément notre stratégie, car cela devient naturel!

Préparer un menu en famille

Dimanche, en fin de journée, c’est la préparation du menu pour la semaine à venir. Lorsque nous préparons notre menu, ma femme sort son papier, son crayon, les livres de cuisine et toute la famille participe. Tout le monde doit proposer au moins un plat qu’il aime. Les enfants participent beaucoup plus que l’on pense. Nous feuilletons les livres de cuisine, qui comportent beaucoup d’images. Plusieurs questions sont posées au sujet du plat et des ingrédients que l’on voit dans les images. C’est selon nous une excellente opportunité pour développer le vocabulaire des enfants. Si des épices sont requises, nous allons les chercher dans le garde-manger afin de les faire découvrir aux enfants. Croyez-le ou non, je pense que notre fille de 3 ans a une meilleure mémoire olfactive que moi! De plus, nous constatons à quel point notre esprit d’adulte est fermé en comparaison à celui d’un enfant. Nos enfants, dépourvus de préjugés, osent proposer n’importe quel plat qu’ils voient, chose que nous ne faisons pas. C’est que nous, les adultes, associons une image d'un livre au labeur supplémentaire requis, basé simplement sur l’inconnu. C’est un préjugé qui s’installe malheureusement avec l’âge, mais nous tentons d’apprendre de nos enfants afin d’éviter ce genre de préjugé!

Lorsque le menu est fait, il est retranscrit sur un grand tableau noir dans la salle à manger. La liste d’épicerie est la prochaine étape incontournable. Là aussi, les enfants participent et c’est certainement formateur pour eux. D’une part, on n’achète pas ce qui n’est pas nécessaire. Il faut inculquer le concept d’acheter seulement si c’est requis et de l’ajouter sur une liste. Nous vérifions également si nous avons des substituts. Il faut laisser aller la créativité. Les enfants sont d’ailleurs des maîtres à la substitution. Le problème avec nous, les adultes, c’est que l’on associe les saveurs à des patrons. Par exemple la cannelle se marie bien avec les pommes. Les enfants n’ont pas encore forgé ces patrons qui sont à mon sens, très limitatifs dans la créativité. Parfois, leurs suggestions sont complètement farfelues, mais nous les goûtons! Vous avez sûrement déjà constaté qu’un enfant ne mange pas dans le même ordre que nous? Il peut aisément manger son yogourt (dessert) avant de terminer son riz, chose que nous ne ferions pas. C’est que les patrons, non définis, sont à forger. Voilà une belle opportunité de les laisser construire la logique eux-mêmes!

Faire une épicerie avec des enfants

Que vous ayez des enfants ou pas, vous avez sûrement déjà constaté que les enfants dans une épicerie ont tendance à demander des gâteries. C’est difficile à gérer en tant que parent. Par contre, souvenez-vous, ils ont participé à la rédaction de la liste. Nous prenons donc le temps de formuler un avis clair avant d’entrer dans l’épicerie: nous n’achetons que ce qui est sur la liste. Cela évite des crises. Évidemment, il ne faut pas être trop rigide non plus, alors nous autorisons une gâterie, en général dans les produits laitiers et à condition qu’il y ait un rabais. Les enfants comprennent donc qu’il faut surveiller les articles en réduction.

Tout au long de l’épicerie, les enfants doivent participer. C’est un exercice de vocabulaire en continue. Bon nombre de gens ne connaissent pas le nom de plusieurs aliments que nous retrouvons à l’épicerie. Moi le premier, quand ma femme m’envoie acheter des items peu communs, je suis le gars perdu dans la mauvaise allée!

En plus du vocabulaire, c’est l’occasion rêvée de toucher, sentir, pétrir et choisir! Il faut savoir choisir, aussi simple que les bananes, les ananas et le cantaloup. La notion de sélectionner des fruits est importante, puisque l’on désire utiliser les aliments tout au long de la semaine sans qu’ils ne périssent. Les enfants doivent apprendre toutes ces notions et en seront parfaitement capables à partir de 3 ans.

Au retour à la maison, les enfants se précipitent à ranger le tout dans le garde-manger. Nous n’avons jamais à ce jour demandé qu’ils nous aident! Si vous avez vu notre vidéo sur les 7 espaces Montessori de notre maison, vous savez que les étagères du bas du garde-manger sont accessibles aux enfants en tout temps. Ils savent donc quels aliments y sont rangés et c’est leur responsabilité. Avec la pratique, ils sont même plus vites que moi, à trouver certains aliments!

Économies garanties… est-ce possible?

Je me permets ici de faire un petit commentaire d’ordre financier. J’aime demander à d’autres parents combien ils dépensent par semaine sur leur épicerie. En général, pour une famille de 4-5, j’obtiens entre 200-400$CDN par semaine! Ici, l’épicerie nous coûte autour de 100$CDN par semaine. Bien sûr, nos enfants sont encore jeunes et mangent peu, mais si l’on compare le montant avant et après avoir pris le temps de créer une approche autour de la cuisine, la réduction est surprenante. Nous sommes passés de 150-200$CDN à 100$CDN ou moins par semaine. Je suis donc prêt à gager que vous êtes en mesure de réduire votre facture d’épicerie de 40% et plus en adoptant la même approche que nous. Je répète souvent que dans la vie, il y a deux approches possibles pour s’enrichir : travailler plus pour faire plus d’argent ou réduire ses dépenses d’avantage pour dégager plus de marge de profits. Pensez-y bien!

Le succès de notre approche repose sur la préparation d’un menu pour la semaine, l’optimisation des denrées que nous avons déjà ou sommes en mesure de substituer en rédigeant notre liste, le respect de notre liste d’épicerie et la préparation maison de tout ce que l’on peut faire soi-même.

Les règles de sécurité, d’hygiène et d’organisation

À la base de l’expérience agréable se trouve la sécurité. On ne veut certainement pas que nos enfants se coupent ou se brûlent. Nous prenons donc le temps d’expliquer les règles de sécurité avant chaque expérience. Voici quelques phrases clés répétées quotidiennement :

  • « Attention, je vais allumer le rond du fond, il sera brûlant tout au long de notre séance »;
  • « La poêle sera brûlante dans quelques secondes, vous n’avez pas le droit de la toucher »;
  • « L’eau sera bouillante bientôt et la vapeur brûle, on ne met pas ses mains au-dessus »;
  • « Ici je laisse les couteaux, vous n’avez pas le droit de les toucher, par contre vous pouvez utiliser tous les autres ustensiles ».

La cuisine se doit d’être bien organisée en fonction des besoins de l’enfant. La configuration des tiroirs est revue afin que les couteaux soient dans le tiroir du haut, alors que tous les autres tiroirs sont désencombrés et accessibles aux enfants. Des tiroirs organisés favorisent beaucoup la mise en place d’une structure auprès des enfants. Ils vont se rappeler plus facilement de l’endroit où vont les articles. Ils pourront donc aider à sortir et ranger le nécessaire.

Si vous n’avez pas de tour d’observation, vous devez vous en procurer une. C’est un incontournable, tel que nous l’avons précisé dans l’article « Must have, must avoid ». Du haut de leur tour d’observation, les enfants apprennent à utiliser les différents outils de cuisine, à appliquer les règles de sécurité et d’hygiène. Tout cela se fait en copiant. Afin de favoriser l’apprentissage du vocabulaire, nous commentons en continue ce que nous faisons.

  • « Je lave la pomme avant tout, je la coupe en quartiers et maintenant je retire le cœur que je vais mettre dans le compost »;
  • « Pour mesurer une cuillère à thé, je m’assure de couper l’excédent. Il faut être précis avec les petites quantités »;

Dans la cuisine il y a des règles bien évidement mais il est toujours possible de goûter et de toucher. Par exemple, ils adorent se mettre les mains dans la farine, sentir les aliments et les épices, gouter la pâte… Les règles d’hygiène sont donc imposées dès le début. On se lave les mains avant de commencer quoi que ce soit. Si on goûte, on prend une petite cuillère. On ne goûte que de très petites quantités. Lorsque l’on a terminé, on nettoie immédiatement.

Par quel plat commencer?

Évidemment, il est recommandé de débuter avec des choses simples! L’idée à la base de l’initiation est d’identifier des tâches simples que l’on peut remettre aux enfants. Par exemple, la simple action de verser un ingrédient d’un bol à l’autre est une tâche de base, qui donnera un sentiment d’accomplissement à notre enfant! Au départ, ma femme préparait les ingrédients d’avance et prenait le temps d’expliquer aux enfants quels sont les tâches et dans quel ordre il faut procéder. Ainsi les enfants pourront surveiller leur ingrédient passivement, à l’affut de leur tour à participer activement.

Chaque semaine, nous préparons des muffins, des biscuits, des barres énergétiques, des gâteaux… Ce sont les collations des enfants et la plupart se mangent peu de temps après la confection. Ils ont donc le bonheur de savourer leur création. Ces items sont tous très simples à préparer et au cours des premières tentatives, il est simple de préparer les ingrédients d’avance dans des plats individuels. Cela rend l’expérience plus fluide, donc plus agréable.

En fonction des plats, les enfants participent à leur manière. Il faut leur faire confiance et augmenter leurs responsabilités en fonction des observations que l’on fait. Alors que l’on commence par la simple action de verser le contenu d’un bol dans un autre, en peu de temps, en fonction de leur dextérité, ils peuvent mélanger, puis mesurer, puis casser les œufs! J’ai été estomaqué la première fois que j’ai observé notre fille Léticia casser des œufs à trois ans, sans laisser un brin de coquille alors de notre garçon Lohan mélangeait avec le batteur électrique lorsqu’il venait d’avoir deux ans! Bravo ma chère femme qui a su les guider avec patience!

 C’est parfois décourageant, certes les bénéfices arrivent rapidement et je suis prêt à gager que nous verrons d’autres bénéfices plus tard, lorsque nos enfants partiront vivre seul!

Les grands succès

Cette section de notre article est probablement la plus intéressante à lire. C’est en quelques sorte une liste de nos principaux succès. Certaines choses fonctionnent bien, d’autres non. Voici notre top 5 des succès jusqu’à présent :

  • Ajouter les ingrédients, qu’ils soient secs ou humides, est systématiquement un succès, même en très bas âge. Que ce soit dans la poêle, la mijoteuse ou le chaudron, les enfants prennent autant de fierté dans leur responsabilité à surveiller leur ingrédient, qu’a le verser et le voir se mélanger.
  • Lorsque l’on prépare des chips de kale, de pita ou de pâte wong-tong, les enfants choisissent les épices. Notre rack a épice leur est accessible dans le garde-manger. Il est organisé et leur permet de sentir facilement. Parfois les mélanges sont surprenants, leur créativité est impressionnante!
  • Casser des œufs fascine énormément les enfants. Le but doit être claire, aucun résidu de coquille dans le bol. Ils apprécient ce défi. Notre fille est meilleure que moi, je le constate toutes les fins de semaine alors que nous préparons des crêpes ou des pains-dorés.
  • Faire des boules de biscuit, rouler la pâte et placer le tout sur une tôle est très amusant pour eux. C’est comme de la pâte à modeler! De plus, peu importe le plat, la décoration et l’ajout d’ingrédients sec (topping) les fascine. Par exemple décorer les biscuits ou ajouter les ingrédients sur une pizza score au palmarès des activités favorites. Il faut allouer du temps, car les enfants s’appliquent beaucoup plus que nous. Chaque item est soigneusement placé et c’est tant mieux!
  • Finalement, depuis un peu plus d’un an, nous faisons 100% de notre pain et de nos pâtes à pizza avec un robot boulanger. Notre fille connaît la recette par cœur, jusqu’au petit détail de creuser un trou dans la farine pour déposer la levure sans qu’elle ne touche l’eau. Du pain frais, c’est bien meilleur, énormément plus économique et les enfants apprécient l’odeur tous les matins en se réveillant!

La cuisine, c’est aussi le plaisir de manger!

Après tout ce travail, incluant le menu, la liste d’épicerie, la gestion du garde-manger, la confection d’un plat, sa décoration et sa cuisson, imaginez-vous le plaisir que les enfants ont à manger! Ils ont même un plaisir fou à partager leur collation. Alors que je travaille souvent dans mon bureau au sous-sol, les enfants viennent m’apporter une collation qu’ils ont confectionné.

Selon nous, le plaisir de manger passe par la préparation de son plat avant tout. Ce n’est que lorsque l’on cuisine que l’on sait apprécier pleinement le travail derrière un plat bien préparé. Les enfants comprennent ce concept très jeune.

De plus, il est simple de leur faire réaliser que l’on ne jette pas la nourriture par terre alors qu’ils viennent de mettre tant d’effort à la préparer. C’est très efficace!

Conclusion

J’imagine bien que bon nombre de parents trouvent qu’il est dont plus simple de faire l’épicerie sans leurs enfants, question d’économiser du temps et de la patience… Mais si c’est votre cas, dites-vous que vous privez vos enfants d’une activité très enrichissante et que les saines habitudes de vie commencent par les choix que nous faisons tel que la liste d'épicerie.

Avant d’avoir des enfants, nous avions l’habitude d’aller 3-4 fois par semaine faire l’épicerie. Nous mangions quotidiennement en fonction de nos désirs. Il nous arrivait régulièrement de nous simplifier la soirée en achetant une pizza toute faite. Notre transition vers une approche structurée ne s’est pas faite du jour au lendemain.

Nous ne regrettons en rien le temps que nous avons passé à faire l’épicerie avec nos enfants malgré les crises, à nettoyer la cuisine des dégâts monumentaux et à consommer autant de patience dans les débuts de notre transformation. En moins d’un an, les bénéfices sont évidents. Les enfants connaissent le vocabulaire, savent associer des saveurs, ont développé la dextérité de manipuler les outils, comprennent la notion de nettoyer ses dégâts et respectent énormément la nourriture qu’ils ont préparé!

Nos principaux guides pour trouver des recettes:

Cuisine Futée

Ricardo Cuisine


  • Guylaine dit :

    Bravo très beaux contenu!
    Dénis et Guylaine

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